Lorsque j'ai participé au « Défi Têtes Rasées » (version québécoise de « Chauve pour la bonne cause ») l'année passée, une ancienne collègue et amie, Mariame Traoré, m'a appris que sa maman me soutenait inconditionnellement dans cette initiative.

Cette dernière avait été diagnostiquée d'un cancer du sein en avril 2011.

De retour en Suisse, j'ai contacté Mme Ursula Traoré pour qu'elle puisse m'en dire un peu plus sur sa propre expérience de la maladie. Nous avons eu un long échange téléphonique, et depuis, nous nous donnons des nouvelles de temps à autre.

Charlotte : Qu'avez-vous pensé quand votre fille Mariame vous a parlé de mon « Défi Têtes Rasées » en juin dernier?

Ursula Traoré : J'ai trouvé ça formidable. Là où j'ai le plus été impressionnée, c'est quand j'ai appris que vous aviez de longs cheveux.

Je me suis aussi demandée si j'aurais eu le courage... Peut-être à 20-30 ans mais pas à 60.

Pour moi, c'était la pire des choses de perdre mes cheveux.

Pourquoi la pire?

Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas vraiment comment expliquer.

J'ai fait 6 mois de chimio et j'ai perdu mes cheveux très vite. Elle s'est terminée en novembre dernier (2011) et depuis deux mois, ils repoussent un peu. J'attends avec impatience chaque centimètre. Je calcule comment je serai en juin, si je pourrais enlever ma perruque.

Dès que je mets ma perruque, c'est horrible. La première chose que je fais quand je rentre à la maison, c'est d'enlever ma veste, mes chaussures, puis ma perruque. J'enfile ensuite un petit bonnet.

A la rigueur, c'était moins problématique de me faire enlever un sein.

Cela vous est-il arrivé de sortir sans perruque?

Jamais! Je ne supporterais pas que quelqu'un me voit comme ça. Il n'y a qu'une amie très proche qui m'ait vue.

Même Mariame, je n'ai pas envie qu'elle me voit comme ça. Déjà pour moi, je ne voulais pas me voir comme ça.

Si vous deviez passer un message à travers l'événement Chauve pour la bonne cause, lequel serait-il?

J'aimerais que les gens non-malades réfléchissent à la cause et s'investissent. Le message de solidarité me parle.

Quand on apprend que quelqu'un a le cancer, on prend en compte cette nouvelle et on y réagit, mais on ne va pas plus loin et on oublie vite alors que la maladie dure longtemps. J'aimerais que les gens prennent conscience que cela prend du temps.

Comment réagisseriez-vous si vous appreniez que quelqu'un se rase la tête par solidarité envers ce que vous avez vécu?

Je le féliciterais et lui dirais que c'est extraordinaire!

Si j'étais plus jeune, j'aurais été la première à le faire!

Merci beaucoup Ursula de vous être ouverte à moi avec autant d'authenticité et d'avoir accepté de répondre à mes interrogations. Votre témoignage et votre confiance en cette initiative m'ont convaincue du bien-fondé de son « importation » en Suisse.

Propos recueillis le 1.02.2012 par Charlotte Crettenand